Le slogan digital

Publié le : 17 mars 2020

High Five, dab, quenelle, fist bump, le geste de la main est devenu symbole, logo, signe de ralliement. La communication s'en empare aujourd'hui avec plus ou moins de succès et de ratés. Outil de storytelling, le slogan digital pourrait faire partie de votre stratégie de demain. ReporTAG, la nouvelle rubrique de l'Agence Breizhtorm, est là pour vous éclairer. Sommaire…

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Le poing levé

  • La Bagarre ?

Créé dans les années 20 par le Parti communiste allemand ( le KPD), un des premiers signes de ralliement devenu symbole est sans doute le POING LEVÉ.  Né en réaction à la montée du nationalisme fasciste, c’est un dessin de John Heartfield qui en fait l’emblème de l’organisation : Déjà à cette époque, le geste devient logo.

  • Un tour du monde

En France, le poing levé connait un développement majeur pendant les années 30, en opposition au salut fasciste, sous le nom de Salut républicain : poing fermé, bras plié perpendiculaire.

Puis partout dans le monde, le geste sort de la sphère militaire pour gagner le peuple et ses combats.

On le retrouve ainsi dans les années 60, aux Etats unis, où il devient l’emblème de la lutte contre la ségrégation dénoncée par les Black Panthers (notamment lors des Jeux Olympiques d’été de 1968), et de nouveau en France lors des manifestations de mai 68 mais aussi au Chili, au Pakistan et ailleurs.

Le poing levé s’est aujourd’hui hissé au rang de symbole graphique, sur les affiches, les tshirts, les logos, c’est dire à quel point son empreinte est présente. Et l’histoire a enfoncé le clou avec Rosie the Riveter pendant la seconde guerre mondiale, célèbre visuel de J. Howard Miller, ou plus récemment avec le Péril Jeune et la fameuse affiche : l’âge bête ne passera pas.

Mais là où Mandela et Angela Davis en ont fait un instrument de lutte, il a suffit de quelques marketeux pour lui ôter toute essence de justice.

  • Classe ou pas classe ?

Récemment, en politique, c’est Barack et Michelle Obama qui ont remis le poing au goût du jour en réalisant un Fist Bump en public. Classe. En revanche, quand Donald Trump utilise ce geste, on dirait Rhone Poulenc qui sponsorise USHUAÏA. Pas classe.

A moins de vouloir lancer une révolution, ou de chercher à viiiiiser la luuune, on vous déconseille le poing levé.

Juste un doigt

  • Shabada bada…

Je suis sûr que vous connaissez bien des manières de vous exprimer en levant un seul doigt, mais laissons de côté la palabre gestuelle pour nous concentrer sur les symboles.

Un seul doigt levé vers le ciel, l’index, est un geste traditionnel effectué par la plupart des musulmans au moment de prononcer leur Chahâda (profession de foi). Malheureusement, ce geste banal est devenu le symbole du rassemblement des djihadistes de l’état islamique auto proclamé.

Une histoire de communication comme le souligne Thomas Pierret, maitre de conférence à l’université d’Edimbourg et spécialiste de l’islam politique :

« En associant de manière systématique ce signe à la communication de leur groupe, il va finir par y être associé par un nombre important de gens. C’est exactement ce que souhaite Daesh. Cela fait partie de la stratégie de branding » 

Heureusement, il nous reste le majeur pour y répondre.

  • POUCE

En levant un seul doigt, on peut aussi montrer notre soutien ou notre motivation, voire nos goûts. Le pouce levé nous permet, sans ouvrir la bouche, de dire GO, OUI, OK, COMPRIS, etc… et de montrer notre appréciation d’à peu près tout, surtout depuis l’avènement des réseaux sociaux. Encore un geste devenu icône, pas la religieuse (quoique) mais la symbolique.
Et si le cœur vous en dit, n’hésitez pas à lever le vôtre ou à partager cet article. 

En levant un seul doigt, pour l’instant, il y a du potentiel. Surtout si vous voulez poser une question ou être choisi pour donner une réponse. Evitez cependant l’auriculaire tendu qui, historiquement, permettait de se servir en sauce alors qu’on mangeait avec les mains. Et si vous manquez de vigilance, on pourrait bien essayer de vous le tirer.

Deux doigts levés

  • On vous fait la nique mÔssieur !

Un des premiers slogans digitaux de l’histoire remonte à la guerre de Cent Ans. S’il relève plus du mythe que de l’exemple, il n’en reste pas moins savoureux. Il s’agit d’une sorte de Fuck avec 2 doigts, bras perpendiculaire au corps, doigts pointés vers la joue. L’idée est de narguer les ennemis en leur montrant qu’on possède toujours ses deux doigts et qu’ils n’ont pas été coupés, torture largement répandue alors, car elle privait les archers de pouvoir tirer à l’arc.

Les anglais l’ont devinés depuis longtemps, pour avoir l’air cool, 2 doigts c’est l’idéal. Plus proche de nous, deux courants (complètement opposés à première vue) se partagent le gâteau.

  • Le Shaka

Les surfeurs d’abord ! Avec le célèbre supra cool SHAKA.  Au moins un que les politiques ne pourront jamais s’approprier car il désigne plutôt une idéologie du cool, du laisser aller, aux antipodes des promesses de résolutions et d’améliorations qu’un président en campagne est censé faire. Le seul Shaka qu’on verra chez eux sera sans doute pour dire à leur avocat « on s’appelle » ?

  • Hell Yeah !

Ensuite, chez les rockeurs :  l’index et l’auriculaire ouverts, le reste du poing fermé, le cornuto désigne des cornes « sataniques » que les métalleux s’échangent en tirant la langue. Si on en trouve des traces dans l’Antiquité pour représenter le puissant Minotaure, il ne relève pas alors du geste de ralliement, pas plus que chez les espagnols qui l’utilisent pour désigner un cocu.

On a pu, après ça, l’apercevoir dans le film et sur la pochette des Beattles, Yellow submarine. Mais c’est quand Ronnie James Dio, le chanteur de Black Sabbath, s’en sert en 1980 lors de sa tournée Heaven and Hell, qu’il devient le grand symbole des fans du genre.

On peut sans se tromper affirmer que le Cornuto s’est répandu beaucoup plus vite que le Shaka. Même Spiderman tisse ses toiles avec. Une belle victoire que Satan aurait peut-être célébrée avec le signe suivant.

  • Le V de la victoire.

Si Churchill a largement contribué à le populariser depuis la photo qui l’immortalise au sortir de la Seconde Guerre mondiale, il remonte en fait au 14 janvier 1941, lorsque l’animateur radio belge Victor de Laveleye fait ce discours à la radio :

« Il faut que tous les patriotes de Belgique aient un signe de ralliement, qu’ils multiplient ce signe autour d’eux, qu’en le voyant inscrit partout, ils sachent qu’ils sont une multitude. […]  Je vous propose comme signe de ralliement, la lettre V. Pourquoi ? Parce que V, c’est la première lettre de Victoire »

Dans un premier temps, c’est en tant que graffiti que le V de la victoire se répand. Une force graphique qui réside dans sa simplicité et que la science fiction a largement repris par la suite dans des séries comme V ou dans le film V comme Vendetta.

Facile à faire mais un peu surexploité. Il va falloir se creuser un peu plus la cervelle pour trouver notre geste.

Trois doigts levés

  • HUNGER GAMES

C’est la SF encore qui va rendre célèbre un autre geste de rebellion, avec trois doigts tendus et collés cette fois : le geste de soutien à Katniss Evergreen dans la Saga Hunger Games. On dirait bien que la révolte est une affaire de symboles. Ce geste va briser la frontière entre fiction et réalité puisqu’on le retrouve récemment comme symbole de la résistance en Thaïlande, où les manifestants (demandant la fin de la loi martiale et le retour à un gouvernement civil) ont expliqué ce qu’il représentait pour eux : la liberté, l’égalité, la fraternité. (Tiens ?)

  • SALUT SCOUT

On peut facilement y voir une analogie avec un autre salut ; celui des Scouts qui se fait avec trois doigts levés (index, majeur et annulaire).

Le pouce replié sur le petit doigt rappelle l’engagement chevaleresque : le fort protège le faible.

Les trois doigts rappellent la triple promesse : 

– Être loyal (envers le roi, le pays, Dieu, l’Église…)

– Servir son prochain

– Observer la loi scoute

  • WHITE POWER

Mais 3 doigts levés, c’est aussi le signe des suprémacistes blancs qui se la jouent gangstarap en s’affichant en train de faire un OK, pouce et index formant un cercle, et les 3 doigts levés légèrement espacés, pour signifier un W. L’ensemble donnant un WP comme dans White Power. Pas la peine de leur faire plus de publicité.

On leur dit que c’est aussi une des façons des gangs afro américains de dire West Coast ?

  • HAMAS

Entre guerre et religion, on retrouve aussi les 3 doigts tendus dans des videos du HAMAS ou de SVOBODA, un parti d’extrême droite en Ukraine.

 

Les gestes avec 3 doigts sont donc tantôt ceux des opprimés, tantôt ceux des oppresseurs. Un discours pas très clair… Ajoutons un doigt pour voir si on parvient à éclaircir le propos.

Quatre doigts

  • LA RABIA

La main tendue avec 4 doigts légèrement décollés est le signe de la Rabia, ou Rabaa, ou Main du Tamkine. C’est le signe de ralliement des frères musulmans. Apparu pour la première fois sur les réseaux sociaux en 2013 lors des manifestations en Egypte, il exprime la solidarité avec les victimes de la répression sanglante de la place Rabia al Adawiyya au Caire.

  • SPOK

Un autre geste bien connu à travers le monde nous a encore été offert par la télévision et la science fiction, et pourtant, son origine est belle et bien réelle. Quand Leonard Nimoy, l’acteur incarnant SPOK dans la saga Star Trek, improvise ce geste sur le tournage, il s’inspire d’une gestuelle qui adopte la forme de la lettre hébraïque SHIN qu’il a souvent vu enfant dans les synagogues. Sa signification ? Le Tout Puissant.

  • LES NAZIS

Quand on pense à un signe de ralliement à 4 doigts, on pense naturellement au tristement célèbre salut NAZI. Alors que la clique d’Adolph  se met à singer le bras levé main tendue des 3 frères jurant de protéger Rome dans  le Serment des Horaces, magnifique tableau Néo-classique de Jacques Louis David (pas le coiffeur hein),pensant s’inspirer du plus grand des empires,  elle ne fait que reproduire un geste imaginaire. Le salut romain n’a en effet jamais existé. Ce qui n’a pas empêché des millions de personnes de se rassembler derrière ce symbole en signe d’appartenance à une idéologie.

  • BELLAMY

Ce geste à quant à lui bel et bien existé, c’est l’oeuvre de l’abbé BELLAMY qui l’instaure dans les écoles américaines pour saluer le drapeau américain et faire serment d’allégeance. Mais le gouvernement américain craignant, lors de la montée du nazisme, que le parti ne se servent d’images du salut de Bellamy pour sa propagande, oublie la main tendue au profit de la main posée sur le coeur que nous connaissons aujourd’hui.

Dans la rubrique des gestes avec 4 doigts, on navigue en eaux troubles. Signes inspirés, repris, partagés, vous risquez de noyer le poisson.

Avec les bras

  • LE CHANGEMENT

Si comme moi vous êtes nés dans les année 80 (oui bon 70), vous avez sans doute fait partie de cette génération traumatisée par le flop de la pourtant courageuse tentative de François Hollande d’user d’un signe de ralliement censé galvaniser ses troupes lors de sa campagne présidentielle de 2012 pour appuyer sa punchline :  le changement, c’est maintenant. D’un point de vue du communiquant, on peut déjà sentir que ça risque de finir en pétard mouillé quand on essaie d’expliquer le geste : les bras repliés devant le torse, espacés d’une hauteur de poumon, comme pour faire le signe « égal », qu’on accompagne d’un mouvement de va-et-vient de chaque bras.

Incubé dans l’open space d’une grosse agence de comm et jeté en pâture aux médias et aux citoyens, ce forage n’a pas été loin de lui coûter les élections.

Et pourtant, l’idée parait bonne. La mécanique de la gestuelle et le langage du corps sont de bons moyens de s’exprimer et de se faire entendre quand on n’a pas de micro en main, comme le souligne le psychologue Américain Geoffrey Beattie, spécialiste de la communication non verbale, quand il précise que la gestuelle augmente de 60% la portée d’un message, car elle a un lien direct avec nos émotions.

  • WAKANDA

Si le Slogan digital de notre Flamby national a raté de peu la postérité, d’autres tentatives ont été plus largement adoptées depuis :

C’est le cas par exemple des bras croisés sur le torse, poings fermés, pour dire WAKANDA FOREVER, qui n’a eu besoin que d’un film et du pouvoir de la pop culture, pour que des stars et des anonymes du monde entier ne se mettent à le relayer. Décidément, les Black Panthers semblent toujours trouver de quoi s’exprimer.

  • PARAPLUIE

On peut aussi croiser les bras au-dessus de la tête, comme les manifestants Hong Kongais lors de la révolution des parapluies ou pendant les concerts de Johnny Hallyday si on veut mourir d’amour enchainé.

  • QUENELLE

Depuis peu, le slogan digital rentre dans les stratégies de communication de façon préméditée. Pas de doute que lorsque Dieudonné affiche sa « quenelle » (les quenelles Petit Jean c’est bon mangez-en) il sait que c’est une arme de propagande. Entre prosélytisme et incitation à la haine, le geste symbolique est une alternative sans danger comparée à un message clair et non crypté, car vous pouvez toujours vous défendre d’avoir voulu dire autre chose que ce qu’on vous reproche de penser.

  • BRICE

En ajoutant les bras aux mains, on arrive donc à des compositions plus riches, il y a peut-être de l’espoir de ce côté-là… mais pas sûr que vous y arriviez. Je t’ai cassééééé.

Il nous reste à faire l’inventaire de la dernière rubrique :

La signature

  • JUL

Avec le développement des réseaux sociaux, du personnel branding et du culte de l’image, le slogan digital s’est énormément développé dans le milieu de la musique, notamment le HIP HOP. A la base, les signes de reconnaissance qu’on voit émerger n’ont rien à voir avec la coolitude de JUL d’aujourd’hui. Ils servent à identifier le quartier d’où on vient, le gang auquel on appartient.

  • WEST COAST

Sur la pochette de l’album ALL EYEZ ON ME, sorti en 1996, l’Américain Tupac Shakur pose en faisant un W avec sa main. Une façon simple mais alors originale de revendiquer l’école WEST COAST dont est issu également Snoop Dogg, du gang des CRIPS, qui signe avec un C ou un BK pour Blood Killa (le gang rival).

  • FRANCE

En France, les membres du groupe S-Crew forment un S avec leurs deux mains, tandis que BOOBA joint son pouce et son annulaire pour former le 2 et le i de son collectif 92i. Les frangins de PNL signent quant à eux d’un Z, mais qui ne veut pas dire Zorro.

  • POLITIQUE

Le monde politique a là encore tenté de s’approprier la mécanique. Une pensée particulière pour l’effort du collectif Coeur citoyen, lancé en 2014 à Strasbourg, qui a tenté de rallier les votants avec un C de la main posée sur le cœur. Un demi échec seulement, mais pas l’avenir radieux qu’on lui promettait.

Soulignons aussi la petite tentative de la ville de Liège qui tente d’exporter le Liège Together dans une vaine chorégraphie des mains dont on devine à peine ce qu’elle montre…

  • JEUX OLYMPIQUES

C’est peut-être sous la présidence de Macron, et dans le joyeux engouement compétitif des villes qui se disputent l’accueil des Jeux Olympiques de 2024, qu’on voit émerger un symbole qui a connu son petit succès : une Tour Eiffel réalisée avec les deux mains jointes. Reprise par les colistiers, les artistes et les sportifs embrigadés, il a percolé dans nos réseaux sociaux pendant un temps. Le temps de perdre le game.

  • FEMINISME

Alors demain, quitte à faire un triangle avec les mains, faites que ce soit pour une cause qui a du sens : le triangle féministe.

Son appropriation symbolique remonte aux années 70, à l’émergence du mouvement, et apparait régulièrement dans les manifestations en soutien à des femmes ou des rassemblements appelant à légaliser l’IVG.

Plus récemment, Emmanuelle Laborit réalise ce triangle avec ses mains lorsque, sur ARTE, on lui demande comment dire « féminisme » en langage des signes.

  • LE DAB

On le voit, le slogan digital sert avant tout à se battre, à protester, à s’opposer. Mais il sert aussi toujours à rassembler, pour un camp ou pour un autre.

Et pourtant, quand Dee Brown (joueurs de basketball des Celtics de Boston) réalise un « no look dunk » lors du NBA Slam Contest de 1991, c’est la renaissance du DAB qui célèbre une prouesse sportive. A l’origine, le DAB est un mouvement chorégraphique où le danseur place son visage dans le pli de son coude tout en pointant le ciel dans la direction opposée avec les deux bras parallèles. Mais c’est le monde du sport qui va le rendre mondialement connu, grâce au quarterback des Carolina Panthers Cam Newton, ou à Jérémy Hills qui reproduit le mouvement lors de la première journée de NFL après son touchdown contre les Oakland Raiders (spéciale dédicace à nos copains de l’Ankou).

Conclusion

On l’a vu, le sujet est vaste, l’exercice délicat. Comprenez bien que, comme son nom l’indique, un slogan digital est avant tout un discours, au même titre qu’un logo. Saviez-vous d’ailleurs que le nom LOGOS en latin signifie DISCOURS ?

Pour qu’il soit adopté, il doit rassembler. C’est toute la science du storytelling que vous devez mettre en pratique pour fédérer. Car comme le dit Yuval Noah Harari dans son magnifique livre SAPIENS, c’est autour des histoires que les Hommes et les Femmes se sont unis au cours des siècles. Une cause juste, un but partagé.

Votre slogan digital peut et doit réunir les critères de simplicité, de lisibilité et de cohérence, pour être efficace.

Il y a encore bien des choses à dire à ce sujet. Et si vous connaissez d’autres signes de ralliement, n’hésitez pas à nous les partager !

A bientôt dans ReporTAG.

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